François Arnaud, le nouveau César Borgia
Lorsque François Arnaud a décroché le rôle de César Borgia dans la nouvelle saga de Showtime, The Borgias – The Original Crime Family, on avait fait bien plus cas de son départ forcé du téléroman Yamaska, à TVA. L’humilité, la réserve et le sérieux du jeune comédien de 25 ans a peut-être faussé l’impression qu’on aurait dû avoir, car sa photo est maintenant placardée partout à Los Angeles et New York en prévision de la grande première du 3 avril.
The Borgias est quand même une production de 45 millions de dollars. Une production où François Arnaud ne se contente pas d’échanger quelques répliques avec celui qui incarne Rodrigo Borgia, son père dans la série, un certain Jeremy Irons. Il porte ni plus ni moins, avec ce dernier, l’histoire sur ses épaules. En s’emportant un peu, on pourrait dire qu’il s’agit de l’incarnation de « the next big thing ».
Et plus on avance dans l’écoute du premier épisode, d’une durée exceptionnelle de deux heures, présenté le dimanche 3 avril à Showtime (É-U), Bravo et en mai à CTV (Canada), plus ça saisit. D’abord parce que la mise à l’écran del’histoire de cette famille, dont s’est inspiré Machiavel pour son Prince, est réussie. Et, surtout, parce que François Arnaud, en plus d’y être omniprésent, est simplement excellent.
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Comment la recrue du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, découverte dans les films J’ai tué ma mère et Les Grandes Chaleurs, a-t-elle pu décrocher le rôle principal de la série télé attendue et pressentie pour faire suite aux Tudors ?
Canadien
« Quand j’ai auditionné, ils ne savaient pas que j’étais canadien », indique François Arnaud en entrevue avec Rue Frontenac, expliquant que ça n’avait rien à voir avec le fait que The Borgias est une coproduction Canada-Hongrie-Irlande. Installé pendant un moment à Los Angeles, le comédien commençait déjà à auditionner pour des rôles dans des projets américains quand son agent lui a présenté le scénario de cette série. « C’était en janvier. J’ai fait un tape, puis on l’a envoyé à Londres, où se tenaient les auditions », raconte-t-il.
Un tape qui a fait impression sur le réalisateur-scénariste anglais Neil Jordan, maître d’œuvre du document de neuf heures. Si bien qu’il a demandé au Québécois de se présenter à Londres un mois plus tard pour le rencontrer. « J’ai auditionné une fois, puis une autre avec Jeremy Irons pour voir s’il y avait chimie. C’est drôle, parce que je n’avais pas réalisé, en le voyant à l’écran, mais en personne, il ressemble à mon père », souligne François, qui a décroché le rôle convoité.
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Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette chance unique qui sourit à François Arnaud en ce moment n’est pas le résultat d’un plan de carrière ou d’une ambition démesurée. « Ce n’était pas quelque chose que je travaillais, que je cherchais à pousser. À la limite, j’aurais pensé tenter le coup en France avant les États-Unis. J’aurais pu choisir de ne pas pousser la porte quand elle s’est entrouverte, mais je suis passé dedans. Disons que lorsque l’occasion s’est présentée, j’ai fait ce qu’il fallait », précise le jeune homme.
L’occasion, c’est Xavier Dolan qui la lui a donnée. Et plus curieusement qu’on peut l’imaginer. « J’ai tué ma mère tournait dans les festivals. Xavier, il ne voyageait pas beaucoup parce qu’il avait peur de l’avion. Je suis donc allé quelques fois représenter le film, dont plusieurs fois en Californie. Les distributeurs américains qui m’ont entendu parler anglais sans accent m’ont fortement suggéré de rester un peu à L.A., dès que j’aurais du temps libre », relate-t-il. Ce qu’il fit. Après quelques semaines là-bas, il rencontrait son agent. « L.A., c’est une ville difficile, c’est très grand et sans agent, c’est impossible. Le mien ne vient pas de la plus grosse agence, et c’est tant mieux parce qu’autrement j’aurais été perdu. Je voulais travailler avec quelqu’un qui me connaissait bien et qui avait foi en mon travail », explique-t-il.
Tournage
Le tournage de The Borgias a commencé en juin dernier en Hongrie et s’est terminé juste avant Noël. Outre Jeremy Irons, François Arnaud partage l’écran avec un autre Canadien, l’acteur Colm Feore (cardinal Della Rovere), Holliday Grainger (Lucrezia Borgia, fille du pape), David Oakes (Juan Borgia, fils cadet), Joanne Whalley (Vanozza, maîtresse et mère des enfants du pape) et Sean Harris (Micheletto, l’homme de main), entre autres, sont de la distribution.
Avec le budget de 45 millions de dollars, l’équipe a réussi à reproduire l’Italie de 1495 à l’époque où les Borgias ont pris le pouvoir à Rome, à la suite de l’élection du patriarche comme pape Alexandre VI. Et pas de façon très, très chrétienne, malgré les nouvelles fonctions du personnage joué par Jeremy Irons. Son fils aîné, César Borgia, veillera à ses intérêts et à ceux de la famille à la pointe de son épée. Personnage historique très controversé, on dit qu’entre les complots élaborés avec son père, il aurait eu une fille et au moins onze enfants illégitimes.
« C’est un personnage avec tellement de dimension ! Il a une réputation terrible, mais le but, et c’est ce qui est intéressant du temps que donne la télévision, c’est d’essayer de le comprendre de l’intérieur, ce qui peut mener un homme à se comporter comme ça. Je ne le vois pas comme si je jouais le méchant. Il a plusieurs couches et n’est pas mauvais à la base. Il reste loyal aux gens qu’il aime », met François Arnaud en perspective.
Inspiration
L’histoire des Borgias, il la connaissait vaguement avant de s’attaquer à son rôle. « J’ai lu plusieurs biographies, qui se contredisent pour la plupart. Les écrits sur les membres de cette famille sont pour la plupart basés sur ce que leurs ennemis en ont dit, indique Arnaud. Ce qu’on retient, c’est qu’à l’époque, ça faisait davantage partie de la vie qu’aujourd’hui, alors il faut relativiser. Mais j’ai aussi lu Le Prince, de Machiavel, et ça m’a mieux inspiré. »
Le comédien s’est plu à se demander comment lui aurait réagi s’il avait été mis à l’épreuve comme ces gens. « C’est intéressant d’observer comment on peut être corrompu par le pouvoir et ce que ça peut pousser l’être humain à faire. Placé dans la même situation, est-ce que j’agirais pour le bien commun ou pour mon intérêt personnel ? » se questionne-t-il.
Beaucoup de préparation (il lui a fallu apprendre l’équitation et le combat à l’épée), beaucoup de questions et aussi le défi de transcender l’aura de son partenaire de jeu. Car ce n’est pas rien de partager la vedette avec « l’oscarisé » Jeremy Irons. « Au départ, j’étais très impressionné. Il faut arriver à dépasser la première impression du “ah! mon Dieu c’est une star !”. Il est fascinant à voir travailler, méticuleux et exigeant… avec lui comme avec les autres. Mais comme nos personnages sont complices dans le crime, au fil des mois, sur le plateau, on a développé une belle complicité ! C’est un super-acteur qui n’est pas du tout compliqué dans la vie », décrit le Québécois.
La suite
François Arnaud, qui séjourne au Québec présentement, est en attente de savoir s’il tournera à nouveau avec Irons cet été pour la suite de la saga. Selon le résultat d’écoute à Showtime et Bravo, les producteurs devraient donner leur aval pour la seconde saison, qui serait encore filmée sur cinq mois en Hongrie.
Et la suite ? Grosse carrière en vue ?
« J’attends des réponses pour des choses vraiment cool, mais je suis en stand-by pour la deuxième saison. Si ça se tourne, on verra si j’ai du temps pour autre chose. C’est sûr que ce rôle crée de belles occasions. J’ai pu faire des auditions auxquelles je n’aurais jamais pensé accéder. C’est déjà ça. Je ne pense pas que j’ai une carrière à l’étranger assurée pour les 20 prochaines années et je n’ai pas l’impression d’être arrivé quelque part. Je prends les trucs au jour le jour », conclut-il.
